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Le 18 mars 2003

 

 

 

Archives des
Analyses et débats

Conjoncture économique : bilan 2002 et perspectives 2003. Ce qu'en pensent 17 grands témoins de la région.

 

Joannès GALPERN
Président de l'Alliance des Chambres Syndicales patronales du Commerce et des Services
La consommation s'enlise…
2002 a été marquée par des hauts et des bas, dont un fléchissement très net en décembre, excepté dans le jouet. D'une manière générale, la baisse de la consommation et de la fréquentation est assez importante. Même la pharmacie a souffert. Avec l'euro, le consommateur se montre très regardant sur les prix. Le temps de loisirs augmente avec les 35 heures mais pas les revenus.
Compte tenu du contexte international, les prévisions à six mois sont mauvaises, et le manque de visibilité est total pour la suite. La consommation demeure un phénomène éminemment psychologique. Ceux qui ont les moyens d'acheter vont thésauriser. Le renouvellement des besoins existe, mais " l'achat-plaisir " reste très sage. Les commerçants vont se retrouver avec des problèmes de sur stocks et de trésorerie qui vont peser sur les commandes du printemps. Faire une campagne en faveur de la consommation relèverait presque du civisme. Une telle conjonction de facteurs négatifs est sans précédent depuis de nombreuses années.


Daniel BOUVARD
Président Rhône-Alpes du Syndicat des Entreprises de Travail Temporaire
L'intérim subit le contrecoup
du mouvement de désindustrialisation
Pour la première fois depuis 1996, le nombre d'intérimaires a chuté en 2002 de 9,3 % en Rhône-Alpes, conformément à la moyenne nationale. L'industrie a enregistré la baisse la plus sévère (-18%). Notre chiffre d'affaires a baissé de 5,2 % et le volume d'heures prestées de 8 %. Le nombre d'agences reste toutefois stable. La nouvelle loi de modernisation sociale a contribué à alourdir notre activité.
En ce début d'année 2003, l'activité se situe à un niveau inférieur par rapport à l'année dernière. Nous tablons cependant sur un maintien, voire une légère remontée de l'activité au deuxième semestre. Nous avons toujours du mal à recruter du personnel qualifié, en particulier dans le BTP et l'industrie. En matière de prévoyance et de formation professionnelle, notre convention collective est particulièrement novatrice. Nous développons nos contacts régionaux via "Les rencontres professionnelles de l'emploi", qui se déroulent à Lyon, le 26 mars.

Gilles PARDI
Président de la Fédération des entreprises de commerce et de la distribution Rhône-Alpes
Un secteur en pleine mutation
En 2002, les chiffres d'affaires ont progressé de 3 % pour les supermarchés, de 2,4 % pour les magasins de proximité et de 1,4 % pour les hypers. La consommation a bien résisté, malgré une chute de la confiance de 11 points entre février 2002 et février 2003.
Les deux premiers mois de 2003 affichent un chiffre d'affaires en hausse de 3,7 % pour les hypers et supermarchés. En termes de consommation, le seul indicateur capable de faire basculer la confiance des ménages est le taux de chômage. Il exerce un double frein : sur les achats globaux, car nous sommes en pleine reconstitution de l'épargne, et dans le choix de consommation, avec un risque sur les achats lourds nécessitant un endettement.
Notre commerce s'adapte aux comportements de la clientèle : certains acteurs proposent des gammes à prix bas, d'autres se positionnent sur des créneaux spécialisés et le service (e-commerce, livraisons à domicile…).

Philippe GRILLOT
Président de la Fédération des entreprises
de transport et de logistique Rhône-Alpes-Auvergne
L'influence négative de la diminution des flux
En 2002, la baisse du volume transporté a atteint 10 %, du fait d'un climat maussade à partir de septembre. Le secteur " marchandises générales " a beaucoup souffert. Le transport pour la chimie se porte en revanche plutôt bien, tout comme les acteurs du transport opérant sur le territoire national. En revanche, les transporteurs internationaux souffrent de la concurrence européenne et extra-européenne. Avec l'application progressive des mesures concernant le travail de nuit, la masse salariale a augmenté de 10 à 12 %.
Les dépôts de bilan vont se poursuivre sur le trimestre qui vient. L'export s'essouffle, et le transport de marchandises générales commence mal l'année. Nous rencontrons toujours les mêmes difficultés avec nos compétiteurs étrangers et subissons l'influence négative des problèmes économiques allemands. La hausse du prix du gasoil devra maintenant être reportée sur les factures. L' overseas et le grand international demeurent plutôt optimistes.

Gilles MAURER
Président de Syntec délégation Rhône-Alpes
Quelques frémissements malgré le manque de visibilité
Le bilan 2002 apparaît contrasté au vu de la diversité des métiers du tertiaire supérieur. Globalement, le secteur est en repli après plusieurs années de croissance à deux chiffres. Les dérives sont importantes pour les métiers du recrutement. Ceux de l'outsourcing s'en sortent mieux. Le contexte américain (affaire Enron) provoque une crise de confiance très perturbante qui pollue dans certains cas l'image des cabinets de conseil.
La croissance s'annonce faible en 2003, avec quelques frémissements sur certains secteurs. Quelques sujets comme les réformes comptables européennes peuvent donner du grain à moudre. Les carnets de commande de l'ingénierie technique sont bien remplis. La Transalpine Lyon-Turin et le contournement ferroviaire Est vont générer du travail. L'informatique risque en revanche de connaître des difficultés liées au manque de visibilité. Le peu de recrutements de cadres sera préjudiciable aux jeunes Bac +5.

Jean-Luc GROBERT
Président de l'ADIRA,
Association pour le développement de l'informatique en Rhône-Alpes
Un ralentissement propice à un développement de plus en plus raisonné
L'année 2002 a été assez éprouvante. Il a fallu gérer la maturité des systèmes informatiques et le ralentissement économique. Le service et l'infogérance s'en sortent plutôt bien, comme tous ceux qui ont anticipé la stagnation prévue dès 2001.
En 2003, le premier semestre court sur des budgets votés à l'automne 2002 dans un contexte restrictif. Ensuite, nous comptons sur les budgets de deuxième niveau. Si la conjoncture s'améliore, les projets vont se débloquer. Le ralentissement est normal dans un secteur lié à l'économie générale, où un développement raisonné s'impose. Les donneurs d'ordre appliquent une logique de " retour sur investissement " de plus en plus forte, et se focalisent sur de petits chantiers répondant à un besoin extrêmement précis. Les nouvelles technologies sont intégrées sous forme de prototypes qui ne demandent pas de lourds investissements. Les prix du matériel et des prestations de services sont logiquement à la baisse.

Olivier DE KERMEL
Président du Club Prestige Rhône-Alpes
Des perspectives prometteuses, à confirmer selon le contexte international
Une reprise s'est amorcée depuis la rentrée 2002 pour l'hôtellerie positionnée sur le tourisme d'affaires. L'effet salons, avec des événements comme Lyon Mode City ou Pollutec, a pleinement joué. Sur l'année, l'hôtellerie régionale a enregistré une baisse des taux d'occupation de 5 à 10 %, accompagnée d'une hausse des prix moyens de 6 à 10 %. La clientèle est avant tout française et européenne plutôt qu'internationale, une tendance qui se confirme depuis septembre 2001.
2003 laisse présager une augmentation du taux d'occupation et une stabilité des prix. Les prévisions liées à la tenue de congrès sur la région lyonnaise sont plus que prometteuses. Pour pallier la pénurie de capacités en chambres 4 à 5 étoiles, des projets devraient voir le jour, permettant le développement de 30 % des capacités à trois ans. Mais tout peut être remis en cause en fonction des événements internationaux.

Jean-Pierre COIFFE
Président du Comité régional des banques
Le niveau historiquement bas du credit encourage l'investissement
L'année 2002 a été marquée par un ralentissement des flux d'échanges internationaux, la décélération de l'activité et les orientations déprimées des marchés financiers.
Si quelques entreprises de Rhône Alpes ont payé un lourd tribut à cette dépression économique qui a notamment affecté l'activité de sous-traitance industrielle et les nouvelles technologies, en revanche, l'essentiel de notre tissu de P.M.E. P.M.I a su s'adapter à la crise en réduisant le point mort, témoignant d'une maîtrise de la gestion en progression notable.
Il existe donc un vrai potentiel de rebond… pour autant que les hypothèques de l'environnement économique et politique soient levées. Le niveau historiquement bas des taux de crédit ne pourra que faciliter ce processus de reprise de l'investissement.
Concernant le secteur bancaire, sa recomposition se poursuit en France non seulement au travers des rapprochements d'enseigne mais également avec une transformation en profondeur de l'offre bancaire " multi-canal " avec sur le terrain une banque " sans guichet mais avec banquier " destinée à accroître la valeur et la pertinence du service rendu .
Dans ce cadre la Banque de France ne peut pas échapper à une logique de reconfiguration de ses moyens autour de ce que sont devenues ses missions.

Albert THIEVON
Président du la Chambre Régionale d'Agriculture Rhône-Alpes
L'heure est à la réorganisation stratégique
Les volumes de production ont augmenté en 2002 et les prix de vente se sont détériorés. L'aviculture est touchée par la fin de la crise de la vache folle, et la viticulture exposée à une forte concurrence étrangère. L'agriculture représente moins de 4 % de la population active, mais enregistre une installation pour 2,3 départs, contre 1 pour 10 en 1995.
Pour faire face à la morosité, l'agriculture régionale mise en 2003 sur la restauration de la confiance du consommateur, grâce à un effort de transparence et d'identification de ses produits, par une démarche de certification des exploitations. Le milieu agricole doit prendre conscience qu'il n'est plus seul maître à bord ; des partenariats sont à envisager avec l'industrie agroalimentaire. Nous devons nous battre contre la réforme de la PAC, et en même temps construire de nouveaux projets.

Alain MATTEUCCI
Président de la Chambre Régionale de Métiers Rhône-Alpes
Un volume d'activité soutenu
Le regain d'activité du petit commerce et de l'artisanat s'est tassé en 2002, en particulier dans le bâtiment où les carnets de commandes sont à 3 mois au lieu de 6. La boulangerie s'en sort bien ; la boucherie-charcuterie voit encore ses parts de marché grignotées par les grandes surfaces. Les métiers de service sont en développement croissant. Globalement, le nombre d'entreprises artisanales est en hausse de 2 %.
Pour 2003, l'objectif est le maintien de ces tendances, malgré les incertitudes liées au contexte international. La crainte est que ce soit une année de réserve, mais le monde artisanal saura sortir de ce passage difficile. L'aménagement de la RTT permet de réaliser à nouveau des heures supplémentaires pour satisfaire délais et carnets de commande. La TVA à 5,5 % dans le bâtiment sera maintenue ; ne serait-ce que pour éviter un retour du travail au noir favorisé par le temps libéré par les 35 heures.

Jean CHAVOT
Président de l'Union régionale de la FNAIM
La prudence est de mise
L'année 2002 a été légèrement moins bonne que 2000 et 2001 pour le nombre de transactions. La pénurie de bons produits se fait sentir, d'où une augmentation des prix de 10 à 15 %. Le consommateur sait exactement ce qu'il veut. Il opte pour une qualité de vie qu'il est prêt à payer. L'acte d'achat est aussi favorisé par de faibles taux d'intérêts et le désir d'investir dans les valeurs immobilières, plus sûres que le boursicotage ou le régime des retraites.
2003 s'annonce plus difficile, suite au ralentissement économique qui s'est fait sentir dès novembre 2002. Le contexte plus tendu du côté de l'emploi favorise la désolvabilisation de l'acquéreur, dont les mensualités d'emprunt seront d'autant plus élevées que les prix montent. Quand on s'engage à long terme, il faut avoir confiance en l'avenir. L'entonnoir se resserre donc. Nous sommes sur un marché sensible qui inspire une grande prudence.

Thierry CECCON
Président de la Fédération du Bâtiment de la région Rhône-Alpes
Optimisme de rigueur…
à condition que l'investissement privé se maintienne
En 2002, le bâtiment rhônalpin enregistre un léger retrait par rapport à 2001. La chute des prix s'accompagne d'une dégradation des trésoreries et d'une reprise des dépôts de bilan d'entreprises fragiles. La construction de logements est en recul de 2 %, celle des bureaux et bâtiments industriels perd 17 points. L'emploi reste ferme à + 1,5 %.
Jusqu'ici nous avons profité de la confiance des ménages qui ont continué à acheter des logements. Sur 2003, les carnets de commandes sont normalement garnis à 5,5 mois, ce qui permet aux professionnels de rester optimistes, même si une légère dégradation (- 1 %) est attendue. La conjoncture internationale pourrait avoir des répercussions sur les financements des particuliers au deuxième semestre. Le retard du contrat de plan État-Région est pénalisant pour les entreprises travaillant sur des projets d'infrastructures importants.

Jean-Yves NOURRISSON
Président de l'Union des industries métallurgiques et électriques
Rhône-Alpes
Attention à l'attentisme général qui pourrait déclencher une récession
2002 s'est révélée assez contrastée. L'industrie tournée vers les biens de consommation s'est plutôt bien tenue, mais l'investissement a enregistré une très nette baisse, particulièrement dans l'automobile et l'aéronautique. L'impact des grands projets grenoblois impulsés par ST Microelectronics et Motorola n'a pas encore produit d'effet sur la sous-traitance.
À notre grande surprise, 2003 commence plutôt bien même si les décisions sont plus ou moins suspendues au regard des incertitudes internationales. Attention à l'attentisme général qui pourrait déclencher une récession ! Les répercussions des 35 heures sur les prix ou les marges vont encore s'étaler sur 3 à 4 ans, avec une détérioration de notre compétitivité. La baisse de la consommation est encore plus sensible en Allemagne. Nous attendons le salon de Cologne mi-mars pour avoir davantage de visibilité. Les spécialistes de l'acier prévoient d'ores et déjà une hausse des prix. Notre secteur recherche de plus en plus de personnel hautement qualifié mais la progression des effectifs en lycées professionnels est un signe favorable.

Claude SZTERNBERG
Délégué général de l'UNITEX,
Union interentreprises Textile Lyon et région Rhône-Alpes
Des atouts et un plan d'urgence pour sortir de la crise
La situation a commencé à se stabiliser en mai 2002, avant de reprendre vigueur à la rentrée. La mode redevient favorable au textile rhônalpin avec un textile haut en couleur, nuancé par de subtils effets de matière. Cependant, la hausse continue du coût horaire du travail plombe la compétitivité de nos entreprises. Les effectifs sont en baisse, jusqu'à moins 15 % en Ardèche. Les activités les plus touchées structurellement sont le moulinage et le tissage chaîne et trame "mass market". Les voilages, nouveautés, textiles techniques et l'ameublement ont globalement mieux résisté.
L'incertitude plane sur 2003. Nous sommes en position d'attente sur les carnets de commandes. Chaque point de baisse de la monnaie américaine nous fait perdre 0,5 point de compétitivité sur le marché de la zone dollars. L'avenir repose sur nos atouts : la création textile, l'innovation technologique et la formation.

Pascal DESTREMAU
Président du Groupement des industries de la plasturgie
Rhône-Alpes-Auvergne
Pas d'amélioration significative en 2003
L'année 2002 restera une année difficile pour la plasturgie et très contrastée selon les marchés, même si la branche poursuit globalement sa progression et si certaines entreprises, qui offrent une prestation à forte valeur ajoutée en termes d'innovation et d'orientation services, tirent très bien leur épingle du jeu.
À court terme, les premiers indicateurs pour 2003 ne laissent guère présager une amélioration significative. Les entreprises qui avaient anticipé une progression du marché, notamment par des investissements lourds, se retrouvent en surcapacité. La baisse constante des prix de vente, conjuguée à la hausse des matières premières, les fragilise. Elles doivent aussi faire face à des mutations structurelles pour répondre aux exigences croissantes de leurs clients, notamment de participer ou d'assumer en amont des charges relatives au développement des process et des produits. Afin d'améliorer son positionnement international, la plasturgie mise sur un programme d'amélioration de la valeur ajoutée.

Jean-Louis PIGNAN
Président du Groupement des industries chimiques et connexes de la région Rhône-Alpes
Les efforts portent sur la sécurité et l'image dans un contexte fortement concurrentiel
2002 s'est révélée médiocre. Le volume des activités, hors pharmacie, affiche un repli de 0,4 %. Pour l'ensemble de la chimie, les prix de vente industriels ont baissé de 1,2 % (- 6,5 % pour la chimie minérale). En l'absence de moteur économique mondial, la demande reste faible. Nos prix étant établis en dollars, la concurrence est beaucoup plus rude face aux Etats-Unis. L'Asie du Sud-Est et la Chine conservent des coûts très compétitifs.
2003 ne peut être que meilleure. Après un premier trimestre très moyen, suspendu à la " question irakienne ", une reprise est attendue, au plus tôt, au deuxième semestre. 2003 sera aussi marquée par le vote de la nouvelle loi sur les risques technologiques à laquelle notre industrie est préparée : des comités locaux d'information se mettent déjà en place. L'opération "À la rencontre de la chimie", qui a accueilli plus de 10 000 visiteurs en région, sera reconduite, éveillant des vocations pour renouveler les effectifs en personnels de qualité.

Georges JOBARD
Président de la Fédération des industries mécaniques - Délégation Rhône-Alpes
Réflexion stratégique devant un repli confirmé
Le repli intervenu milieu 2001 s'est confirmé en 2002 après 8 années de croissance. Les effectifs sont en baisse et le volume de production en recul de 2 à 3 %. Les équipements industriels ont subi le ralentissement des investissements. Les matériels d'optique et de précision tirent leur épingle du jeu.
Pour 2003, il est difficile de prévoir une inversion de tendance. Beaucoup de projets sont retardés. L'activité sera liée au prix du pétrole et à la parité euros/dollars, aujourd'hui défavorables. L'élargissement de l'Europe en 2004 constitue une menace pour les emplois de sous-traitance. Nous devons donc nous positionner vers le haut-de-gamme, en jouant sur l'innovation, l'exportation et en s'appuyant sur la formation des personnels. La mécanique rhônalpine dispose d'un réseau de centres techniques, d'écoles, tournés vers nos métiers, et capables d'accompagner les entreprises.

Interviews réalisés par l'agence de presse Be.Presse

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