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Le 14 mars 2002

 

 

 

Archives des
Analyses et débats

Conjoncture économique : bilan 2001 et perspectives 2002. Ce qu'en pensent 17 grands témoins de la région.

 

Joannès GALPERN
Président de l'Alliance des Chambres Syndicales patronales du Commerce et des Services
L'euro et les élections entretiennent l'attentisme des consommateurs
L'année 2001 s'est traduite par une activité en dents-de-scie. Les grandes surfaces ont ressenti l'effet attentats et la crainte des rassemblements de manière diffuse. Elles sont parvenues à absorber les conséquences des 35 heures, contrairement aux petites entreprises. Quant au "e-commerce ", sauf pour des niches d'activité bien spécifiques, il est davantage une prise d'option pour l'avenir qu'un investissement susceptible d'offrir une rentabilité à court terme. En 2002, la période des soldes a bien démarré, mais l'essoufflement est venu très vite. L'arrivée de l'euro a rendu les consommateurs méfiants et leur a fait perdre les anciens repères. Résultat : fin janvier, les porte-monnaie étaient vides. Les commerçants ont tout naturellement arrondi leurs prix pour faciliter le rendu de monnaie, ce qui a généré une petite inflation. Les élections vont également perturber les esprits. Ces facteurs psychologiques risquent d'accentuer la légère baisse de la consommation amorcée début février.

Gilles PARDI
Président de la Fédération des Entreprises du Commerce et de la Distribution Rhône-Alpes
La bonne résistance de la consommation ne doit pas nous empêcher de rester vigilants
En 2001, les indices mensuels cumulés affichent une hausse de l'activité de 2,0 % pour les hypermarchés et de 4,5 % pour les supermarchés. 2001 est tout à fait correcte en termes de chiffre d'affaires. Après une légitime inquiétude suite aux événements du 11 septembre, la consommation a bien résisté aux modifications des grands équilibres économiques. Pour 2002, malgré la remontée du chômage, le commerce devrait progresser de 1 à 2 %. Les fluctuations du prix de l'essence sont un élément perturbateur dans l'appréciation du niveau d'activité. La sortie de la période de "blocage" des prix liée à l'euro ne laisse pas présager de hausse spécifique. Deux événements sont vraiment à prendre en compte. Le changement de monnaie permet pour la première fois au consommateur d'établir une comparaison européenne des prix, en particulier sur les achats lourds. L'ampleur des événements de septembre et les retournements de conjoncture incitent à la vigilance, sans pour autant conduire à la psychose.

Philippe GRILLOT
Président de la Fédération des entreprises de Transport et Logistique Rhône-Alpes - Auvergne
Le bilan de l'année 2001 est contrasté : transport intérieur soutenu, mais chaotique au niveau international du fait d'une baisse d'activité assez sensible. La récession est importante dans les transports overseas (maritimes et aériens). Les activités logistiques, elles, se portent bien. Le secteur est attentiste pour le premier semestre 2002, plus serein pour le deuxième. En volume, les deux premiers mois de l'année se sont révélés particulièrement calmes. L'effet conjugué 11 septembre / ralentissement de l'économie américaine continue de jouer. Si le niveau des prix du gasoil reste relativement bas, avec un effet bénéfique sur les marges des entreprises, certaines négociations paritaires laissent présager une augmentation très importante de la masse salariale. Les nombreux reports de la date de réouverture du Tunnel du Mont Blanc conduiront la profession à réfléchir et à s'impliquer dans des solutions alternatives à la route (autoroutes ferroviaires, cabotage maritime).

Gilles MAURER
Président du SYNTEC Rhône-Alpes
Ralentissement de la croissance
Le bilan de l'année 2001 apparaît extrêmement contrasté. Le premier semestre a été assez positif pour tous les secteurs ; le deuxième semestre a été marqué par les difficultés que traverse l'industrie. Les taux de croissance sont ainsi très variables selon les activités : 10 % pour l'informatique, 5 % pour l'ingénierie, proche de 15 % pour le conseil en management, quelques points seulement pour la formation professionnelle et le conseil en recrutement. Pour 2002, les taux de croissance resteront liés aux activités industrielles et tertiaires. Le repli de l'industrie pourrait ramener le taux de croissance vers 5 à 10 % pour l'informatique et le management, et à moins de 5 % pour les autres activités. Les sociétés pourront se focaliser davantage sur le secteur public délaissé en période faste. La tendance manageriale dans le tertiaire supérieur est à la planification et à l'adaptation permanentes. Le secteur est globalement en réorganisation avec une modification des périmètres d'activité. L'heure est aussi à l'anticipation d'une pénurie prévisible de cadres.

Jean-Luc GROBERT
Président de l'Association pour le Développement de l'Informatique en Rhône-Alpes
Un secteur toujours en tête après "33 glorieuses"
Le bilan de l'année 2001 marque une dynamique forte sur les services et le conseil. La baisse se poursuit en revanche sur les équipements, gros serveurs, PC et logiciels. En 2002, les perspectives sont toujours encourageantes pour les services et le conseil, de même que pour l'optimisation de l'infogérance. Le e-business connaît des mouvements moins brusques que ne semblent l'affirmer les médias : on revient d'un phénomène de mode pour aller vers une intégration évolutive des outils liés à Internet. Autre fait positif, l'informatique est toujours considérée comme un vecteur offrant un retour sur investissement. Si le ralentissement économique retarde le renouvellement des parcs de matériel, les systèmes d'information ont encore un bel avenir, avec les nouveaux outils de gestion de la relation client, ou de gestion des ressources humaines. Toutefois, la baisse du coût des communications n'est pas suffisante. Le thème émergent en 2002 est celui des "logiciels libres" (sans redevance) pour faire face à la flambée des prix des logiciels.

Olivier DE KERMEL
Président du Club Prestige Rhône-Alpes
Nette remontée de la clientèle européenne
L'année 2001 s'est révélée excellente pour l'hôtellerie régionale jusqu'au milieu de l'année. Pour tous les business en relation avec l'international lointain (continents américain et asiatique), la fréquentation est affectée depuis le mois de septembre par une baisse de - 10 % à - 50 % par rapport à l'année précédente. Ce mouvement a engendré un important ralentissement des chiffres d'affaires et un flux de clientèle très différent. Le début d'année 2002 ressort de façon très positive en montagne. Le taux de remplissage est satisfaisant, comme les prévisions de réservation, et cela jusqu'en avril. Pour les hôtels de l'agglomération lyonnaise, les mois de janvier à mars sont traditionnellement calmes. Globalement, les pronostics pour les six derniers mois 2002 sont plutôt optimistes. Le calendrier prévoit en effet l'accueil de nombreux congrès et séminaires en fin d'année. La fréquentation internationale change toutefois de nature : les déplacements se réalisent avant tout au niveau européen, et les Américains commencent tout juste à revenir.

Jean-Pierre COIFFE
Président du Comité régional des banques
Des évolutions contradictoires
Le bilan de l'année 2001 dans le secteur bancaire est plutôt positif. La bonne tenue de l'activité s'est confirmée, même si elle apparaît moins forte qu'en 2000. La demande de financement des entreprises et des particuliers s'est maintenue à un niveau élevé. L'évolution très chaotique des marchés boursiers a impliqué le retour en grâce de l'épargne bancaire traditionnelle : livrets, PEL... L'exercice 2002 n'apparaît pas facilement lisible. Les indicateurs soulignent des évolutions contradictoires. Les besoins de fonds de roulement sont en baisse, en même temps que l'activité. Cela dit, pas d'alerte forte sur d'éventuelles remontées des stocks. Les décisions d'investissement sont reportées et non abandonnées. Aucun acteur n'a de vision catastrophique pour l'avenir, et les industriels qui opèrent sur les marchés nord-américains observent quelques signes annonçant un redressement au deuxième semestre. Reste à souhaiter qu'un nouvel attentisme ne vienne pas ralentir la tonicité de la demande et le soutien de l'activité par l'investissement.

Albert THIEVON
Président du la Chambre Régionale d'agriculture Rhône-Alpes
Crise persistante et remise en cause
La situation de l'agriculture régionale est très difficile : baisse des prix et des volumes, augmentation des charges... Les agriculteurs sont démobilisés par les crises et les accusations successives. Le marché des produits biologiques est en perte de vitesse ; le consommateur, rassuré par les mesures de sécurité alimentaire, revient aux produits classiques. De grandes inquiétudes persistent, conséquences de plusieurs phénomènes. Nous voyons des agriculteurs choisir l'âge de la quarantaine pour changer de métier, sans motif financier. Effet indirect des 35 heures, les jeunes délaissent les métiers agricoles car le secteur n'est pas concerné par la RTT. La remise en cause des impacts de l'agriculture sur l'environnement va se poursuivre, en dépit de sévères contraintes administratives. L'année 2002 sera aussi marquée par l'accélération de la qualification des exploitants, la certification des produits. Enfin, avec l'élargissement de l'Europe, davantage de pays devront se partager un même budget de primes compensatoires. La période électorale repousse toute prise de décision dans ce domaine.

Alain MATTEUCCI
Président de la Chambre régionale de métiers Rhône-Alpes
Dans l'attente d'un deuxième souffle
Les secteurs du petit commerce et de l'artisanat ont connu un regain d'activité en 2001, même si la fin d'année est moins bonne que les six premiers mois. Cette tendance est particulièrement ressentie dans le bâtiment, secteur "baromètre" qui représente 36 % de l'artisanat. L'essoufflement, palpable au niveau des carnets de commande, est caractéristique d'un attentisme pré-électoral. L'alimentation vit au rythme d'une consommation soutenue au quotidien et se porte mieux. La mise en place des 35 heures, difficilement applicable, n'aboutit à aucune création d'emploi. Il s'agit maintenant de procéder à une renégociation des procédures, attendue aussi bien par les patrons que par les employés. Compte tenu des chiffres avancés par les entreprises, l'année 2002 consistera avant tout à gérer le ralentissement de l'activité. Des signes d'optimisme apparaissent toutefois dans la persistance de l'augmentation du nombre d'entreprises artisanales et le retour des consommateurs auprès des commerces de centre-ville.

Jean-Jacques BENON
Président de l'Union régionale de la FNAIM
La baisse des taux d'intérêt joue positivement
Le volume de transactions en 2001 est presque identique à celui de l'année 2000. Les chiffres d'affaires se sont maintenus, ou ont même légèrement progressé. La demande de maisons individuelles apparaît en nette hausse. Les grandes agglomérations constituent de véritables " aimants économiques ". Ici, la contraction de l'offre a conduit à une augmentation des prix, jusqu'à 10 % sur les bons produits. Une chute des transactions est prévisible au premier semestre 2002 en raison du cumul des élections présidentielles et législatives. La baisse du prix au mètre carré est déjà perceptible. Jusqu'en fin d'année 2001, le contexte était économiquement viable pour des agences qui ne réalisent, la plupart, que des transactions de petite taille. L'avenir est plus incertain avec les 35 heures. La RTT se révèle totalement ingérable dans les agences. Seul élément positif : la baisse des taux d'intérêts. Des emprunts à 5 % en moyenne stimulent la demande. Sauf volonté politique contraire, le dynamisme sera maintenu.

Thierry CECCON
Président de la Fédération du Bâtiment de la région Rhône-Alpes
Stabilisation à un bon niveau d'activité
Après un très haut niveau d'activité en 2000, le Bâtiment rhônalpin a enregistré un ralentissement en 2001 pour atteindre un niveau moyen d'activité en fin d'année. Concernant le début de l'année 2002, les indicateurs confirment une stabilisation de l'activité. Les carnets de commandes s'élèvent à 4,75 mois. La situation de trésorerie suit la tendance. Les perspectives d'embauche sont ralenties, tout en se maintenant à un niveau élevé. Le dynamisme de la demande marque une pause en raison de la période pré-électorale, mais les chefs d'entreprise ont connu une telle situation de " surchauffe " qu'en général le report de certains chantiers leur convient assez bien. Le BTP réagit beaucoup moins vite au ralentissement que les autres secteurs de l'économie, avec un écart de 12 à 14 mois. Reste à espérer que nos entreprises ne soient pas affectées plus tard, par les difficultés connues par les industriels ces derniers mois.

Alain MAZZA
Président de la Fédération régionale des Travaux Publics Rhône-Alpes
Le contrat de plan État-Région support de l'activité
Globalement, le chiffre d'affaires 2001 des travaux publics est légèrement supérieur à celui de l'année précédente : + 2,5 %. Les carnets de commandes et les appels d'offres se sont cependant réduits au dernier trimestre. Avec les élections municipales, les travaux des collectivités locales ont été repoussés. Les retards ont encore été accentués par la réforme du Code des marchés publics. Deux scénarios possibles pour 2002 : une hausse de 2 % du chiffre d'affaires ou une baisse équivalente... L'activité sera soutenue par le contrat de plan Etat-Région mais décalée sur le second semestre. La partie voies ferrées entre dans sa phase active et celle des routes se poursuit. La mise en sécurité des accès aux stations de Savoie et de Haute-Savoie va également générer de l'activité. Face à une pyramide des âges catastrophique où toutes les catégories de personnels sont concernées, la profession se mobilise pour la formation des jeunes.

Georges JOBARD
Président de la Fédération des Industries Mécaniques - Délégation Rhône-Alpes
Recul limité après six années de croissance
Rhône-Alpes n'échappe pas à la tendance nationale de décélération de la croissance du secteur en 2001. Le retournement de la conjoncture française et internationale a entraîné une baisse sensible de la production dans les derniers mois de l'année, de même que la mise en place de la RTT. Les exportations sont restées dynamiques durant les neuf premiers mois ; la détérioration s'est amorcée ensuite sur le marché de l'Union européenne qui représente la majorité des débouchés. Les effectifs sont restés stables après six années de croissance. Les baromètres de la Fédération confirment que le ralentissement économique européen, et donc la baisse de production des industries mécaniques, vont se poursuivre au premier semestre 2002 à hauteur d'au moins 1 %. Un raffermissement de l'activité des industries mécaniques tirée par les exportations vers les autres marchés mondiaux est à espérer au deuxième semestre 2002, sous réserve que l'économie américaine amorce une reprise en milieu d'année.

Jean FREIDEL
Président de l' Union interentreprises Textile Lyon et région Rhône-Alpes
La crise profonde nécessite un plan d'urgence
Après un début d'année 2001 très correct, le textile rhônalpin a ressenti un tassement de l'activité au deuxième trimestre. La dégradation s'est ensuite nettement amplifiée en fin d'année. Le luxe et le haut de gamme ont échappé à la morosité, ainsi que la maille. L'activité reste soutenue dans le secteur de l'ameublement et du voilage. La perte de volume en maille tricotée est en général compensée en tissé. Mais le moulinage, le tissage et les tissus à usage technique sont particulièrement touchés. La non-utilisation des machines, surtout en Ardèche, a entraîné une vague de chômage partiel. 2002 n'a pas apporté de changements. Les secteurs à valeur ajoutée se portent bien ; les difficultés concernent surtout les secteurs à gros tonnage, orientés "mass market". Les industriels n'ont aucune visibilité pour les mois à venir. Cette situation frappant le textile, l'un des piliers de l'industrie régionale, exige un plan assorti de mesures d'urgences. Ce plan est actuellement à l'étude.

Patrick SIVERA
Président du Groupement des Industries de la Plasturgie Rhône-Alpes
Optimisme de rigueur si le prix des matières premières reste stable
Le bilan de l'année 2001 est assez contrasté pour la plasturgie rhônalpine : 20 à 25 % de la profession réalise un très bon exercice, un tiers connaît des difficultés. Quant aux autres entreprises, elles connaissent des problèmes de compétitivité liés à la hausse du prix des matières premières. La baisse d'activité est sensible depuis septembre, y compris dans le secteur automobile. Par rapport au mois de novembre, décembre montre un fléchissement de la production et des livraisons. Avec le ralentissement de la demande étrangère, les carnets de commandes sont insuffisants. En 2002, les rationalisations de sites et les délocalisations des productions à faible valeur ajoutée se poursuivent. Les postes non qualifiés ont du mal à résister alors que le recrutement de compétences et de matière grise augmente. Début 2002 laisse présager une remontée du niveau de production dans les prochains mois, dans la mesure ou le prix des matières premières reste stable.

Gérard SINAGRA
Président du Groupement des Industries Chimiques et Connexes de
la région Rhône-Alpes

Les espoirs se tournent vers les Etats-Unis, mais l'incertitude liée à la législation sur les activités
"à risque" demeure

L'année 2001 apparaît nettement en retrait par rapport à 2000. Le point culminant de l'activité s'est situé en milieu d'année, ensuite elle n'a cessé de s'émousser. La chimie a subi la décroissance des autres secteurs, comme le textile. En 2002, on ne prévoit pas de redémarrage avant le deuxième semestre. Les États-Unis représentent le plus gros marché de l'industrie chimique. Si l'économie américaine redémarre, l'optimisme sera permis. La chimie tournée vers la santé continuera à obtenir de bons résultats. Une incertitude liée à l'attente de la prochaine législation sur les industries dites " à risque " aura sans nul doute une incidence sur l'investissement. Des efforts doivent être réalisés pour atténuer le déficit d'image de la Chimie. Une "Quinzaine de la chimie", campagne européenne d'information, est ainsi programmée en octobre 2002.

Jean-Yves Nourrisson
Président de l'Union des Industries Métallurgiques et Electriques
Rhône-Alpes
Effritement continu de l'activité
Le ralentissement de l'activité apparu au cours de 2001 s'est renforcé à la rentrée et se poursuit encore aujourd'hui ; difficile d'en fixer le terme ! Il apparaît comme la conséquence d'un phénomène mondial, touchant avant tout les Etats-Unis, mais aussi notre principal client, l'Allemagne. Dans la mécanique, les effectifs diminuent, avec, paradoxalement, des besoins spécifiques de main-d'oeuvre sur certains postes. En 2001, beaucoup d'entreprises étrangères ont racheté des structures françaises. Ce mouvement de fusion-concentration déplace les centres de décision vers l'étranger ou la région parisienne. L'année 2002 commence sous d'assez mauvais auspices avec une forte baisse des investissements, la réapparition de licenciements voire de dépôts de bilan et les conséquences de la mise en place des 35 heures. Le prix des matières premières diminue légèrement. Le secteur est en position d'attente et d'espoir d'un réveil de la demande au second semestre 2002.

Interviews réalisés par Elisabeth Ballery

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