Le 20 mars 2001

 

 

 

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Analyses et débats

Conjoncture économique : bilan 2000 et perspectives 2001. Ce qu'en pensent 16 grands témoins de la région.

 

Patrick SIVERA
Président du Groupement des Industries de la Plasturgie
Rhône-Alpes /Auvergne/Bourgogne
UN CHALLENGE :
LA RECONSTITUTION DES MARGES
La grande majorité des plasturgistes ont connu de fortes hausses de volumes de production en 2000, notamment dans les pièces techniques, l'emballage et la construction. Cette belle performance a été contrebalancée par la hausse incontrôlable des prix des matières premières. Résultat : les marges se sont dégradées, des défaillances de petites entreprises ont été enregistrées. 2001 s'annonce encore sous le signe de l'augmentation des chiffres d'affaires, mais tout l'enjeu repose sur la capacité des entrepreneurs à rattraper le différentiel entre prix de vente et prix de revient ; pour cela, il faudra négocier avec les donneurs d'ordre des augmentations de prix de vente (des hausses ont déjà été concédées) et recruter des techniciens qualifiés (nous en manquons cruellement) pour actionner le levier de la productivité. L'optimisme reste donc mesuré…

Jean FREIDEL
Président d'UNITEX
UNE AMELIORATION A CONFIRMER
L'année 2000 se révèle satisfaisante pour le textile rhônalpin dans son ensemble, au regard d'un contexte national marquant un léger repli de la production. Rhône-Alpes renforce son image de technicité et de créativité; ses savoir-faire lui permettent de répondre à une demande orientée davantage sur des produits à valeur ajoutée, au détriment des produits basiques. La situation n'en reste pas moins fragile, un léger ralentissement étant même perceptible en ce début d'année 2001. Pour y faire face, nous engageons une politique régionale volontariste visant à développer les synergies, à soutenir la recherche et le développement, la formation, l'exportation et la promotion du textile avec un portail internet en préparation… Enfin, la " Maison du Textile ", créée mi-2002, ne manquera pas de dynamiser toute la filière.

Jean-Paul DELORME
Président de l'Union des Industries Métallurgiques
ENTRE CONFIANCE ET MENACES
2000 a connu une activité très soutenue et régulière même si les marges ont souffert du fait de la forte pression des donneurs d'ordre, de l'augmentation du coût des métaux et de l'énergie et du surenchérissement des salaires (effet " pénurie " et RTT). Des bruits inquiétants pour 2001 au niveau macro-économique circulent ; mais nos entrepreneurs à court terme et à ce jour, sont confiants et ont des carnets de commandes bien remplis. Un ralentissement dans l'industrie automobile par exemple nous perturberait bien sûr, le fléchissement de l'activité américaine, s'il se confirme, nous affecterait mais nos débouchés à l'export sont heureusement très diversifiés. De toute façon, nous avons des atouts solides qui tiennent à notre excellence technologique et à la qualité des nos produits.

Marie-Ange RETAILLEAU
Délégué Régional Rhône-Alpes de la Fédération des Industries Mécaniques
PERSISTANCE DE LA PÉNURIE DE MAIN D'ŒUVRE
L'année 2000 s'est révélée un cru exceptionnel, marqué par une croissance de + 7,5 % de la production et de + 2 % des effectifs au plan national, grâce à une demande interne soutenue et à une vive reprise à l'export. Performance d'autant plus remarquable que les difficultés de recrutement, aggravées par les 35 heures, ont pesé sur la croissance, comme cela sera à nouveau le cas en 2001. Les prévisions sont encourageantes : + 5,5 % au plan national en 2001 malgré les handicaps réglementaires et fiscaux qui pèsent sur nos entreprises. Les entreprises rhônalpines de la mécanique prendront une part importante de cette croissance prévisible, tant grâce à la diversité de leurs marchés en Europe et dans le monde, qu'à leurs capacités innovatrices.

Gérard SINAGRA
Président du Groupement des Industries chimiques et connexes
SOUS L'INFLUENCE DE L'ECONOMIE MONDIALE
L'année 2000, placée sous le signe de la croissance, s'est révélée proche des capacités maximales ; la demande interne, encore plus que l'export, s'est bien comportée. Certes, notre industrie a ressenti de "plein fouet" les augmentations de coût des matières premières et de l'énergie, sans toujours pouvoir les répercuter sur le prix de vente. Marché mondial, la chimie devrait subir en 2001 le ralentissement de l'activité américaine ; l'année sera donc certainement en retrait par rapport à 2000, soutenue cependant par le marché européen et des secteurs d'activité pour l'instant dynamiques comme l'automobile. Autre préoccupation de la profession : la Taxe Généralisée sur les Activités Polluantes qui reviendra à l'ordre du jour. Mais, espérons-le, dans un esprit valorisant le progrès dans la maîtrise de la pollution.

Thierry CECCON
Président de la Fédération du Bâtiment Rhône-Alpes
APRES LA TEMPETE, UNE CROISSANCE MODEREE
L'effet "tempête" de décembre 1999 a sans doute amplifié la croissance du bâtiment en 2000 qui a dépassé 6 % en Rhône-Alpes : locaux neufs, entretien et amélioration de l'habitat (grâce à la baisse de la TVA) ont bien progressé ; le logement neuf aussi, mais dans une moindre mesure puisque le dispositif Perissol est arrivé à son terme. Dans l'ensemble, les chefs d'entreprises du secteur sont confiants pour 2001 et prévoient le maintien d'une croissance modérée. Quelques ombres au tableau cependant : la capacité de production est fortement amputée par la pénurie de main d'œuvre, ce qui s'aggravera encore en 2002 avec les 35 heures pour les petites entreprises. L'augmentation du coût des achats de fournitures, cumulé avec les 35 heures et les salaires, devraient créer des tensions sur les prix du marché.

Alain MAZZA
Président de la Fédération Régionale des Travaux Publics Rhône-Alpes
LA REPRISE DE GRANDS CHANTIERS
Les bonnes années devraient s'enchaîner ; les prévisions de croissance pour 2001 s'établissent à + 5 % et viennent donc confirmer une tendance positive amorcée depuis 1999. Même si les effets du cycle électoral se font sentir sur les investissements, l'intercommunalité assure une certaine continuité par le caractère collectif et pluriannuel des engagements. De grands projets ont, ou vont ainsi démarrer : la remise aux normes de sécurité du Tunnel du Mont Blanc, des travaux de mise en sécurité des accès aux stations de sports d'hiver, l'autoroute A432 (liaison A42 et A43), la réalisation d'une station d'épuration à Pierre Bénite, la prolongation du tramway de Lyon… Un fait plus préoccupant : les TP souffrent d'une image de marque peu attractive auprès des jeunes ; à nous de la changer en leur montrant un secteur dynamique, créateur d'emploi et de perspectives.

Alain MATTEUCCI
Président de la Chambre Régionale de Métiers Rhône-Alpes
UNE CONFIANCE RENOUVELEE EN L'ARTISANAT
Trois semestres satisfaisants viennent de s'enchaîner ; après un léger tassement en fin d'année, les carnets de commande donnent une bonne visibilité sur 3-4 mois. Des crises comme celle de la "vache folle" ont bien été surmontées, voire ont rapproché le consommateur du petit commerce qui offre une relation personnalisée avec le patron de l'entreprise et donc une traçabilité presque "physique". Les quelques craintes pour l'avenir se situent au niveau du coût des matières premières (notamment celles dérivées du pétrole), du basculement à l'euro qui va prendre du temps à l'artisan sur sa production et générer des coûts administratifs ; et enfin, des 35 heures, véritable "casse-tête chinois" pour les petites structures.

Albert THIEVON
Président du la Chambre Régionale d'Agriculture
L'AGRICULTURE EN CRISE…
Les temps sont très durs. L'année 2000 a encore vu le revenu du monde agricole baisser, avec le surenchérissement des coûts (énergie, engrais, transport…) affectant tous les secteurs, et la crise de la "vache folle" aux effets dévastateurs, entraînant l'effondrement des prix et une chute des ventes de 50%. Autant de facteurs qui devraient produire les mêmes méfaits en 2001 ! Espérons que les conditions climatiques ne s'en mêlent pas, ce qui aurait pour effet d'entraîner la viticulture et l'arboriculture dans le marasme... Quelques sources d'optimisme tout de même : certains secteurs comme le "Bio", en Ardèche ou dans la Drôme, enregistrent une belle croissance. Rappelons que Rhône-Alpes est pionnière en matière d'AOC, de certification produit... Au-delà, il faudra bien imaginer d'autres solutions pour faire face à la crise.

Jean AUBERT
Président du Comité des Banques de Rhône-Alpes
LE MAINTIEN D'UNE CONJONCTURE FAVORABLE
Après une année 2000 exceptionnelle pour les établissements bancaires, 2001 s'annonce sous les mêmes auspices : les entreprises devraient maintenir un bon niveau d'investissement, sauf peut-être dans la plasturgie, affectée directement par les prix de revient. Quant aux particuliers, même s'ils investissent moins dans l'immobilier, ils devraient garder de bons niveaux d'encours d'épargne financière. L'euro mobilise bien sûr toutes les énergies : formation des personnels, accompagnement de nos clients, conseil aux PME… Autre projet mobilisateur qui devrait voir le jour à Lyon : le "porte-monnaie électronique". L'optimisme est donc de rigueur en Rhône-Alpes, avec une mention particulière pour la région frontalière de Genève, qui va bénéficier de l'installation "permanente" de citoyens suisses.

Gilles MAURER
Président du SYNTEC Rhône-Alpes, Syndicat des professions du tertiaire supérieur
CROISSANCE A DEUX CHIFFRES DANS LES SERVICES INTELLECTUELS
Le Tertiaire Supérieur se porte bien. Les activités de service sont dynamisées à court terme par l'euro et, à plus long terme, par les nouveaux systèmes d'information, les connections au monde du "e", l'ingénierie de bâtiment, portée par l'immobilier de bureau, et l'ingénierie industrielle, relancée par les investissements. Même constat de bonne santé pour le conseil en management-organisation (surtout dans le domaine des NTIC) et le conseil en recrutement auquel on a recourt dans un marché de l'emploi tendu. En revanche, pas de bouleversement prévu pour le monde de la formation continue, du conseil en relations publiques, en études de marchés, en évolution professionnelle : ils suivent une conjoncture globalement positive. L'ingénierie d'infrastructures, pénalisée par le ralentissement des commandes publiques, devrait bénéficier à terme des chantiers de l'axe Lyon-Turin.

Philippe GRILLOT
Président de la Fédération des Entreprises de Transport et Logistique de France, Région Rhône-Alpes
VERS UN RALENTISSEMENT DE L'ACTIVITE ?
2000 a enregistré des volumes en forte croissance, mais la désorganisation induite par cette suractivité, l'augmentation de près de 25% du prix du gasoil et le renchérissement du coût de la main d'œuvre, se sont conjugués pour grever les marges. Des entreprises disparaissent et, phénomène nouveau, des structures de taille significatives sont concernées. Beaucoup parient sur la logistique, secteur qui confirme effectivement sa croissance en Rhône-Alpes ; à condition toutefois que de nouvelles zones soient aménagées, et que, lors du renouvellement des contrats, les exigences des donneurs d'ordre soient acceptables. Des menaces surgissent pour 2001 : ralentissement de l'activité américaine qui rejaillit notamment sur la pétrochimie, persistance des disparités sociales et fiscales au niveau européen… Les hausses tarifaires s'imposent, au risque d'être moins concurrentiel".

Joannès GALPERN
Président de l'Alliance des Chambres Syndicales patronales du Commerce et des Services
SUR UNE LANCEE POSITIVE…
Nos secteurs d'activité ont connu une bonne activité en 2000 qui devrait se maintenir pour 2001, sous réserve que des facteurs psychologiques ne modifient le comportement des consommateurs (élections par exemple !). Les vraies inquiétudes sont pour plus tard : passage à l'euro qui risque d'entraîner une chute de la consommation par une perte de repères pendant quelques mois, et les 35 h. Leur mise en place ne pourra se faire que sous deux formes : soit une réduction des heures d'ouverture avec moins de services, soit une embauche à temps partiel de personnel non qualifié incompatible avec nos formes de commerce dont c'est la force et la survie. Enfin, gageons que des opérations utilisant Internet, comme à Grenoble et en projet dans l'agglomération lyonnaise pour 2001, mèneront les internautes vers le commerce de proximité…

Gilles PARDI
Président de la Fédération des Entreprises du Commerce et de la Distribution Rhône-Alpes
DES CONSOMMATEURS CONFIANTS
L'année 2000 a enregistré une belle progression dans un marché de la grande distribution alimentaire pourtant mature et bien organisé ; en France, supermarchés (+ 5,5 %) et superettes (+ 3,8 %) l'emportent sur les hypermarchés (+ 3,4 %), traduisant ainsi un changement de comportement des consommateurs que nous observons attentivement. Les clients sont de plus en plus sensibles aux contraintes physiques (choix de la proximité, prix de l'essence oblige !) ou aux facilités proposées (ne pas perdre de temps à rechercher les produits). De surcroit, ils ont confiance dans les marques qu'ils retrouvent en superettes. Stabilité politique et monétaire et paix mondiale favorisent l'acte d'achat : les ingrédients semblent encore réunis en 2001 pour gonfler la "bulle de confiance". Mais il faut parfois peu de choses pour l'éclater…

Eric OBEUF
Président Club Prestige Rhône Alpes
UN POTENTIEL A DEVELOPPER
Même si l'année 2000 est jugée bonne, l'hôtellerie "4 étoiles" souffre d'un taux d'occupation insuffisant, inférieur à 60 %. Certes, la clientèle étrangère s'est développée, notamment grâce à la liaison aérienne Lyon-New York et aux effets du classement de Lyon au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Mais cela a surtout profité aux autres catégories d'hôtels. Traditionnellement ville de congrès médicaux, Lyon possède bien d'autres atouts qu'il faudra valoriser à l'avenir : créer des manifestations culturelles prestigieuses (nous avons les infrastructures), de nature à attirer un tourisme de loisirs trop peu développé, organiser des congrès internationaux le week-end qui donneront envie aux participants de revenir en famille… A ne pas négliger non plus : les carnets d'adresses nationales et internationales de nos dirigeants politiques locaux !

Jean-Luc GROBERT
Président de l'Association pour le Développement de l'Informatique en Rhône-Alpes - ADIRA
"L'ASSAINISSEMENT" DU MARCHE INFORMATIQUE
2000 s'est imposé comme l'année de transition. Nos adhérents ont vu la fin des grands chantiers (An 2000, euro...) et le soufflet des start-up est retombé. De ce fait, l'opposition entre celles qui organisent et celles qui innovent, entre technologies anciennes et technologies nouvelles, a tendance à s'atténuer. En 2001 se dessine un mouvement de fond vers les applications en ligne, véritable "bouquet de services" pour les entreprises qui achèteront une prestation informatique "totale". Les constructeurs de matériel, fortement implantés dans notre région (HP, IBM, Bull), ne s'y trompent pas, et orientent leur activité vers le service. Ce sera également l'année de l'accès à l'information, avec une forte exigence sur la sécurité et la disponibilité des systèmes.

Interviews réalisés par Elisabeth Ballery

 

 

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