Les
PMI sous-traitantes du secteur de la Défense en Rhône-Alpes
Enseignements d'une opération d'audits stratégiques conduite auprès de 50 entreprises en 1997/1998
Cette synthèse résulte d'une opération collective d'audits stratégiques réalisée auprès des PMI sous-traitantes de l'industrie de la défense dans le but de favoriser les projets de redéploiement vers d'autres secteurs d'activité. Cette opération a été conduite dans le cadre d'une convention Etat/Région "d'accompagnement du redéploiement industriel et des restructurations de la défense". Cet accompagnement des restructurations a pour objet de reconstituer, dans les bassins d'emploi, un potentiel économique équivalent.
Le réseau des CCI rhônalpines, sous l'égide de la Chambre Régionale de Commerce et d'Industrie Rhône-Alpes, a été le maître d'uvre de l'opération.
La sous-traitance dans le secteur de la Défense : une activité en profonde mutation, fortement présente en Rhône-Alpes.
Suite aux transformations géopolitiques de l'après guerre froide, une chute des dépenses militaires a été observée à l'échelle planétaire. Entre 1991 et 1995, les dépenses militaires ont enregistré une baisse de 1,2 point du pourcentage du PIB mondial, celui-ci passant de 3,6 % à 2,4 %. Les seuls pays industrialisés ont quant à eux enregistré une baisse plus modeste de 0,8 point, soit 2,4 % du PIB en 1995.
En France, l'industrie de Défense représente 200 000 emplois, un chiffre d'affaires annuel de 100 Milliards de francs, dont environ 20% à l'exportation. Depuis 1990, ses marchés sont en réduction constante et durable. L'industrie de Défense est soumise à de nouveaux impératifs forts : réduction des coûts, pression de la concurrence européenne et américaine, accroissement de la productivité·
Avec 30% d'emplois liés aux industries de Défense perdus depuis 1990, la région Rhône-Alpes a subi une forte hémorragie de ses personnels. Deux départements sont particulièrement affectés par ces mutations : la Loire (45 % des effectifs concernés) et la Drôme. En 1995, ces activités comptabilisaient 12 500 emplois directs, dont 6 000 dans 800 PMI (totalisant plus de 80 000 emplois). Depuis 1990, ces sociétés sont confrontées à une chute des commandes, une diminution des financements de développement, et une pression sur les prix exercée par l'industrie de Défense.
Après une première diminution importante des chiffres d'affaires réalisés avec l'industrie de Défense au début des années 90, la deuxième vague de restructuration observée depuis 1996 pénalise fortement les PMI sous-traitantes, et peut être en mesure de compromettre leur pérennité.
Les principales conclusions de l'opération d'audits stratégiques.
Parmi une liste de 150 entreprises réalisant plus de 15 % de leur chiffre d'affaires avec les industries de défense, 50 entreprises volontaires ont été détectées par les CCI pour participer à l'opération d'audit stratégique. Elle a consisté en un audit gratuit de 3 jours, réalisé par un cabinet de consultants indépendants, pour identifier les points forts et les points faibles de l'entreprise, évaluer son positionnement sur son marché, et formuler un premier plan d'actions de diversification.
Les éléments présentés ci-dessous constituent la synthèse de ces 50 diagnostics réalisés en 1997 et 1998. Ils fournissent ainsi des éléments d'information sur la situation économique des PMI rhônalpines sous-traitantes des industries de défense.
Les caractéristiques des entreprises auditées
- Une entreprise sur deux relève du secteur de la mécanique, les autresétant spécialisées dans les produits industriels, les machines spéciales, l'équipement industriel, le traitement de surface...
- 60 % des entreprises comptent entre 10 et 50 salariés et 28 % moins de 10 salariés.
- 13 % des entreprises affichent des taux de dépendance de l'industrie de l'armement supérieursà 51 %, 17 % entre 25 et 51 %.
- 60 % des entreprises n'exportent pas. |
Si la plupart des entreprises affichent aujourd'hui un taux de dépendance de l'armement entre 10 et 30 %, tel n'était pas le cas au début des années 90, où il avoisinait plutôt 50 à 80 %. Sous la contrainte, les entreprises ont déjà fourni de gros efforts de diversification, avec parfois des initiatives couronnées de succès.
Pour les entreprises les plus dépendantes, compte tenu de la réduction constante de chiffre d'affaires avec l'armement et de la faible marge de manuvre financière, le risque est grand, si rien n'est entrepris, de voir leur activité compromise.
La grille d'analyse ci-dessous permet de dégager les tendances générales de l'échantillon en termes de points forts et de points faibles
En points faibles, il ressort très nettement :
- le marketing et le commercial : les entreprises sous-traitantes de la défense ont vécu sur les acquis des contrats de l'industrie d'armement. De ce fait, elles n'ont pas déployé de véritable stratégie de prospection et n'ont pas anticipé les moyens nécessairesà de telle stratégie.
- la marge de manuvre financière : la baisse significative des chiffres d'affaires a fragilisé ou même compromis les résultats.
- la conception et projet : les entreprises sont restées dans une logique de sous-traitance, développant trop rarement la co-conception de projets avec les donneurs d'ordres. Peu d'entreprises proposent des produits propres. Et lorsqu'elles le font, l'accompagnement commercial est souvent insuffisant.
- l'organisation et le système d'information.
Les points forts suivants méritent d'être soulignés :
- les fonctions de production : l'excellence de la technicité, la maîtrise de la production et des savoir faire constituent un atout essentiel pour ces entreprises. Le fait que les donneurs d'ordres les plus exigeants (défense, nucléaire, aéronautique·) figurent parmi leurs clients explique cet impératif d'excellence.
-une bonne gestion : le capital est familial pour la quasi-totalité des entreprises et les dirigeants pratiquent une gestion prudente.
Recommandations pour la diversification de l'activité des entreprises.
Il faut préciser en préalable que la diversité des secteurs d'activité, des positionnements de marché et de l'évolution historique de chaque PME justifient une approche au cas par cas pour la diversification de l'activité. Ce constat a motivé la mise en uvre d'une phase de suivi de projet complémentaire à la phase de diagnostic.
Toutefois, malgré cette nécessité du " sur mesure ", les recommandations générales suivantes peuventêtre avancées :
- la structuration de la fonction commerciale.
-le positionnement sur de nouveaux marchés : ce positionnement doit se faire au terme d'une analyse stratégique des marchés et ne doit pas déboucher sur une dépendance vis-à-vis d'un autre secteur (automobile, aéronautique civile, médical, mécanique textile·).
- la valorisation du management et des ressources humaines : nécessité de redéfinir les fonctions des associés et des dirigeants, de développer les compétences par l'embauche de collaborateursà temps partagé, de préparer la succession/transmission.
- la recherche de développement stratégique et d'alliances pour contourner l'insuffisance de moyens financiers, donner la possibilité de proposer une offre de concepteur ensemblier et envisager une croissanceà l'international.
- le développement de nouveaux produits spécifiques en s'appuyant sur les savoir faire et le niveau technologique des entreprises. Reste pour cela à régler le problème des investissements en études et de l'accompagnement commercial.
Pour les institutions intervenant en matière de développementéconomique au plan régional, l'opération de diagnostic débouche sur les propositions suivantes :
- Promouvoir l'excellence des savoir-faire et de la technicité des entreprises rhônalpines.
- Mettre en place un programme de développement commercial des entreprises. Il existe en effet de réelles opportunités de prospection commune.
- Créer un réseau des entreprises sous-traitantes et poursuivre l'accompagnement des chefs d'entreprise dans leurs projets. Un tel réseau pourrait jouer un rôle clé en matière de veille et d'information stratégique et constituer un cadre privilégié pour les projets d'alliance et de transmission-reprise.
- Instaurer un support d'information commun à la fois dans une optique de diffusion de l'information de veille stratégique et de promotion des entreprises.
Renseignements complémentaires sur l'opération collective d'audits stratégiques : Josiane Garnon, Développement industriel, CRCI Rhône-Alpes, 04 72 11 43 37..
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