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LE DEPART POUR L'ETRANGER DES JEUNES DIPLOMES : entre internationalisation de la carrière et mondialisation de l'identité

Certains jeunes diplômés de l'enseignement supérieur font le choix de débuter leur carrière professionnelle hors de la France. Si le phénomène n'est pas nouveau, il est souvent présenté comme étant en augmentation ou comme constituant une dimension de la fuite des cerveaux. La médiatisation du phénomène véhicule alors une impression plutôt négative pour le pays, contribuant à renforcer un sentiment de déclin de la France.

Les CCI de Rhône-Alpes, en partenariat avec l'ACFCI, ont entrepris cette étude avec l'objectif d'une part de tenter de clarifier et de quantifier le phénomène et, d'autre part, d'en préciser les enjeux.

Elles ont voulu formuler des recommandations pour que le départ pour l'étranger des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur serve au mieux les intérêts de la France et de ses entreprises.

La France n'est pas un pays d'émigration.

Alors que l'économie se mondialise, il faut constater que la France n'est pas un pays d'émigration. Il y a 1,8 millions de Français de l'étranger, soit 2,9 % de la population, contre 5 % pour les Allemands, 8% pour les Japonais et 11 % pour les Italiens.
Si la présence française à l'étranger a augmenté ces dernières années (+ 12 % depuis 1992), cette progression a d'abord été enregistrée au sein de l'Europe. Malgré une forte progression de la présence française en Europe de l'Est et au Proche-Moyen Orient, l'expatriation (1) française demeure relativement faible dans les pays émergents, là où pourtant les efforts à l'exportation doivent être renforcés.

La présence à l'étranger des jeunes Français s'accroît

Les jeunes Français prennent toute leur place dans cette présenceà l'étranger, notamment dans les pays frontaliers et plus largement au sein de l'Union européenne. Mais les 20-34 ans représentaient aussi 53 % des Français admisà séjourner en permanence aux Etats-Unis en 1997. El les 18-30 ans représentent plus de 65 % des immigrants français au Canada
. Le départ pour l'étranger des jeunes Français a augmenté ces dernières années vers quelques destinations phares (Grande Bretagne, Espagne, Etats-Unis, Canada·). Deux profils sont repérés : des jeunes fortement diplômés et d'autre part des jeunes peu diplômés qui peuvent être qualifiés.

·sans que l'on puisse parler d'explosion du phénomène.

Le départ à l'étranger des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur ne connaît pas pour autant d'explosion. Il s'agit plutôt de flux réguliers en croissance, avec une tendanceà l'allongement de la durée de séjour.
Un an après l'obtention de leur diplôme,
12 % des jeunes diplômés des Grandes Ecoles qui sont actifs résident à l'étranger. On peut ainsi estimer à 2 000 le nombre des diplômés 1998 des Grandes Ecoles, actifs en 1999, qui résidentà l'étranger.
17 % des étudiants qui obtiennent leur doctorat (1 100 docteurs par an) partentà l'étranger chaque année pour réaliser un post-doc. C'est particulièrement le cas pour la filière bio-médical-santé pour laquelle lesétudiants sont fortement attirés par les Etats-Unis.
Les départs se font majoritairement au sein de l'Union européenne (60 %).

Le départ pour l'étranger des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur ne doit globalement pas être assimilé à une fuite de cerveaux.

Les jeunes diplômés de grandes écoles qui partent pour l'étranger ont rarement l'intention de partir longtemps et encore moins définitivement. Par rapport aux ressortissants d'autres pays, les Français qui obtiennent leur doctorat aux Etats-Unis sont moins nombreux à rester dans ce pays.

 

Ces résultats ont été obtenus à la suite d'une enquête téléphonique réalisée par Taylor Nelson Sofres, en juillet 1999, auprès de 350 diplômés (promotions 1994 à 1998), d'une quarantaine de grandes écoles, qui résident à l'étranger.

 

Deux motivations principales du départ sont identifiées : un atout pour la réussite de la carrière professionnelle et le besoin de dépaysement. Des motifs complémentaires viennent souvent conforter la décision de partir. Même si quelques motifs d'insatisfaction à l'égard de la France apparaissent, on ne note pas de volonté de rupture.

 

Le départ pour l'étranger constitue rarement un saut vers l'inconnu : 67 % des jeunes diplômés de grandes écoles sont recrutés avant de quitter la France. Ces jeunes diplômés sont le plus souvent employés par des grandes entreprises. Seulement 15 % des jeunes diplômés expatriés qui travaillent pour une entreprises française ou une filiale d'entreprise française sont employés par une PME.
Les départs pour l'étranger avec
un projet de création d'entreprise sont quasiment inexistants. Ce résultat doit être rapproché du très faible taux de création d'entreprises par les jeunes diplômés des grandes écoles : 1 % des diplômés des grandesécoles débutent leur carrière professionnelle en créant leur entreprise.
Le contrat de travail de droit local est le plus commun sauf pour les destinations d'émigration " émergentes " (hors Union européenne et Amérique du Nord) pour lesquelles les contrats de droit français sont encore fréquents.

Les jeunes diplômés français de l'étranger : une population hétérogène.


Les jeunes diplômés des grandes écoles qui résident à l'étranger présentent différents profils.

Pour les citoyens du monde, le sentiment d'appartenance à la collectivité mondiale est plus fort que celui d'appartenance à la collectivité nationale. Ces jeunes diplômés apparaissent en décalage par rapport à la France, dans la mesure où il leur semble difficile de s'habituer de nouveau à la vie en France.

Les expérimentateurs partent à l'étranger à l'issue de leursétudes, pour renforcer leur CV avec une expérience significative de séjourà l'étranger.
Les planificateurs de carrière ont pleinement intégré l'exigence permanente de mobilité internationale tout en conservant un lien trèsétroit avec la France.
Les mercenaires sontà la recherche d'une forme " d'eldorado ". Pour eux les niveaux de rémunération et de pression fiscale sont déterminants dans leur décision de quitter la France.
10 % des jeunes diplômés partentà l'étranger d'abord pour des raisons familiales ou sentimentales.
Pour 50 % des répondants (expérimentateurs et planificateurs de carrière), le départ pour l'étranger est provisoire, dans une optique d'ouverture sur le monde et d'atout pour la réussite de la carrière professionnelle. Cette mobilité internationale n'empêche pas le maintien d'un lien fort avec la France.

Si le départ pour l'étranger des jeunes diplômés n'évoque pas une fuite des cerveaux, deux phénomènes sont toutefois préoccupants :


d'une part, il faut déplorer une " évaporation " significative de jeunes cerveaux·

31 % des jeunes diplômés disent ne plus vouloir rentrer en France une fois qu'ils résident à l'étranger. C'est parmi les citoyens du monde et les mercenaires que l'on retrouve ces expatriés " définitifs ". Les motivations de l'expatriation définitive sont diverses : réussite de la carrière professionnelle, niveau de rémunération, autonomie dans le travail. Le niveau de pression fiscale en France n'est pas absent.

S'il n'y a pas de volonté de rupture avec la France, puisque pratiquement tous comptent conserver la nationalité française, il apparaît tout de même que pour un jeune diplômé expatrié sur trois, les liens avec la France se distendent avec le temps

.
· et d'autre part, les départs pour l'étranger des jeunes diplômés ne profitent pas qu'aux entreprises françaises.

53 % des jeunes diplômés français de l'étranger travaillent pour des entreprises étrangères qui ne sont pas des filiales d'entreprises françaises. C'est particulièrement le cas au sein de l'Union européenne et en Amérique du Nord. La proportion est nettement plus forte pour les femmes. Dans 57 % des cas, le recrutement est effectué en France avant le départ.

De plus, quand il y a changement d'employeur à l'étranger, c'est plus souvent pour une entrepriseétrangère que pour une entreprise française.
18 % des jeunes diplômés expatriés travaillent pour une entreprise étrangère et n'ont pas l'intention de rentrer en France.


Ces conclusions amènent à formuler deux grandes recommandations.

1ère recommandation.

Il faut chercher à accroître les flux de départ pour l'étranger des jeunes diplômés de l'enseignement supérieur. Et il faut le faire en veillant à ce que ces départs profitent d'abord aux entreprises implantées en France, y compris aux PME.

Le contexte est favorable pour une action volontariste d'accroissement des flux de départ :

  • les étudiants et les jeunes diplômés apparaissent aujourd'hui très largement disposés à effectuer des séjours à l'étranger dans le cadre de leur carrière professionnelle.
  • les jeunes diplômés de grandes écoles qui résident à l'étranger expriment une satisfaction générale quant à leur expérience.
  • par ailleurs, ces jeunes diplômés qui sont partis ne disent pas avoir rencontré de freins importants au moment du départ.

1) Il faut confirmer les initiatives actuelles consistant à assurer une mobilité internationale des étudiants dans le cadre de leurs études.
2) Il faut mettre en place un dispositif attractif pour prendre la suite des " Coopérants du service national en entreprises " (CSNE).
Alors que le projet de loi va être discuté et que les décrets d'application vont être préparés, il apparaît essentiel de veiller à l'attractivité du dispositif :

  • attractivité pour les jeunes en termes d'indemnisation afin que ce volontariat civil à l'international continue d'attirer au moins 5 000 jeunes par an présentant un fort potentiel pour développer les ventes des entreprises françaises à l'étranger ;
  • attractivité pour les entreprises, et notamment les PME. Il faut que le coût de l'expatriation dans le cadre du nouveau dispositif reste acceptable pour les PME. Veiller à ne pas pénaliser les Français de l'étranger, comme leur employeur.

3) Pour les jeunes diplômés comme pour les autres Français de l'étranger, la suppression des dispositions qui pénalisent les expatriés sur le plan fiscal, de la protection sociale et de l'assurance-chômage, est nécessaire pour inciter à la mobilité internationale. Les propositions avancées par le Conseil Economique et Social dans son avis du 27 avril 1999 doiventêtre soutenues.
4) L'expatriation de personnel doit aussi être facilitée : promotion du décret de 1994 instaurant une exonération de charges sociales en cas d'embauche pour expatriation d'un jeune de moins de 30 ans, soutien aux initiatives de cadres expatriés à temps partagé entre plusieurs PME. Inciter les entreprises implantées en Franceà donner toute leur place aux jeunes diplômés dans leurs plans de développementà l'international.
5) Si elles ne veulent pas que de nombreux jeunes diplômés à fort potentiel partent travailler à l'étranger pour des concurrents, les entreprises implantées en France doivent offrir des
perspectives de séjour à l'étranger, dans le cadre de leurs opérations de recrutement, même si ces perspectives ne sont qu'à moyen terme.
6) Il faut aussi que l'expatriation soit mieux prise en compte par le
plan de carrière des jeunes cadres au sein de l'entreprise afin que la crainte de ne pas retrouver une bonne situation en France, au moment du retour, soit moins forte et ne décourage plus les candidats au départ. Il s'agit de favoriser la diffusion d'une culture de la mobilité internationale au sein des entreprises implantées en France. Une meilleure prise en compte de l'expérience acquise à l'international est aussi nécessaire au sein de la recherche publique.

2ème recommandation.

Il faut inviter l'ensemble des acteurs concernés (gouvernement, parlementaires, services de l'Etat notamment à l'étranger, chambres consulaires et organisations professionnelles, établissements d'enseignement supérieur, associations d'étudiants et de jeunes diplômés·) à débattre de la meilleure façon de maintenir un lien étroit entre la France et ses jeunes diplômés expatriés.
Si la mondialisation de l'économie se confirme de jour en jour, le patriotisme économique demeure toutefois bien présent. Dans ce contexte, l'importance de l'expatriation " définitive ", telle qu'elle a été mise en évidence dans ce rapport, est préoccupante. Il y a là unéloignement progressif de la France qui peut se traduire effectivement pour notre pays par une perte d'une partie de ses jeunes diplômés.

7) Pour cela, il faut veiller à ce que la France
reste très présente auprès des jeunes diplômés expatriés.
8) Il faut aussi veiller à
l'attractivité de la France pour les jeunes cadres, que ce soit en termes de pression fiscale ou de rémunération au mérite.
9) Il faut enfin
valoriser le sentiment d'appartenance nationale, afin que l'ouverture sur le monde, dont l'intérêt est de nouveau souligné, ne s'accompagne pas d'un affaiblissement du lien avec la France.

 

Le rapport complet de cetteétude, avec les résultats détaillés de l'enquête auprès des jeunes diplômés expatriés, est disponible, au prix de 300 F.TTC + frais d'envoi, auprès de la Documentation régionale de la CRCI Rhône-Alpes.
Tél. : 00 33 4 72 11 43 59, Fax : 00 33 4 72 11 43 62,
Mail : docregionale@rhone-alpes.cci.fr.

 

 

 

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