Le commerce de détail : un secteur en mouvement
L'appareil commercial de Rhône-Alpes est étoffé. Il est composé de :
- 48 000 établissements de commerce de détail au sens strict,
- près de 6 000 activités artisanales de commerce de bouche (charcuteries, boulangeries et pâtisseries),
- près de 20 600 hôtels, cafés ou restaurants,
- plus de 9 200 établissements de services de proximité aux particuliers (pressings, salons de coiffure, soins de beauté.).
Le montant des dépenses commercialisables régionales (achats effectués en Rhône-Alpes) était estimé à 50,3 milliards d'euros en 2005. Ce montant dépasse les seules dépenses effectuées dans les commerces de détail de la région puisqu'il intègre les achats d'automobiles et de cycles, ainsi que les services à caractère commercial. Le montant des dépenses commercialisables par ménage atteignait 22 233 euros[1].
En 2003, la grande distribution captait 65 % des dépenses commercialisables régionales, pour l'ensemble des produits. La part de marché des commerces de proximité était de son côté de 27 %. La moyenne régionale recouvre en fait des situations locales différenciées. La part du commerce traditionnel varie ainsi de 10 à 40 % selon les zones, tandis que la part de la grande distribution peut atteindre 80 % dans certains bassins. Le reste des dépenses commercialisables est capté par les autres formes de ventes : producteurs, commerces non sédentaires, ventes par correspondance, e-commerce, et échappe ainsi pour partie au tissu commercial régional.
Parts de marché des différentes
formes de distribution
Source : Enquêtes ménages des CCI de Rhône-Alpes
Répartition des dépenses commerciales
par départemement
| Département / Circonscription CCI | Nombre d'établissements |
|---|---|
| Total Ain | 391 |
| Total Ardèche | 253 |
| CCI Ardèche Méridionale | 115 |
| CCI Nord-Ardèche | 138 |
| Total Drôme | 397 |
| Total Isère | 622 |
| CCI Grenoble* | 374 |
| CCI Nord-Isère | 248 |
| Total Loire | 447 |
| CCI Saint-Etienne/Montbrison | 341 |
| CCI du Roannais | 106 |
| Total Rhône | 844 |
| CCI de Lyon*** | 734 |
| CCI de Villefranche/Beaujolais | 110 |
| Total Savoie | 316 |
| Total Haute-Savoie** | 556 |
| Total Rhône-Alpes | 3 826 |
Sauf * décembre 2006
** décembre 2005
*** mai 2007
Les grandes et moyennes surfaces, qui représentaient déjà en 2000 une très large part de la surface de vente globale en Rhône-Alpes, ont poursuivi leur essor. En début 2007, la région compte plus de 3 820 commerces de plus de 300m².
Le phénomène « hard discount alimentaire » a marqué le développement de la grande distribution ces dernières années : 294 magasins étaient recensés en 2007, soit une progression de 50 % par rapport à 2003. La moyenne et grande distribution spécialisée (bricolage, jardinerie, articles de sport.) est également restée très conquérante. Le nombre d'hypermarchés s'est également accru : + 24 % en quatre ans.
La concentration des activités commerciales dans les grandes agglomérations s'est poursuivie, avec une poursuite du développement des zones commerciales en périphérie urbaine. Les enjeux de ces déséquilibres sont importants : fragilisation du tissu commercial de certains quartiers urbains, dégradation de la qualité de vie, développement de friches commerciales, engorgement routier et dégradation de l'environnement des périphéries urbaines...
Toutefois, ces dernières années, les clients semblent revenir un peu vers le commerce de centre-ville qui a lui-même fortement évolué. Ce mouvement, qui apparaît particulièrement significatif pour les commerces alimentaires de certains territoires, a été favorisé par les démarches volontaristes des acteurs du développement économique.
Plusieurs créations de pôles commerciaux d'envergure ont débuté ou sont envisagés pour les prochaines années, par exemple à Lyon (Tour Oxygène, Confluence, Carré de Soie), à Grenoble (Caserne de Bonne), en périphérie d'Annecy (Les Vitrines du Lac) ou de Montélimar (Les Portes de Provence).
Les années récentes ont également été marquées par le développement et la démocratisation du e-commerce. Selon des données nationales, 34 % des internautes avaient déjà acheté ou commandé des produits via Internet en fin 2005[2]. En 2007, environ 240 sites marchands rhônalpins sur Internet étaient recensés. S'y ajoutent les nombreuses PME qui effectuent des ventes en ligne.
La transmission d'entreprises est une facette supplémentaire de la mutation que connaît le tissu des commerces indépendants. Selon un recensement effectué par les Chambres de commerce et d'industrie de Rhône-Alpes à fin 2006, 21,5 % des entreprises du commerce de détail sont dirigées par un chef d'entreprise âgé d'au moins 55 ans. A moyen terme, ce sont ainsi 9 000 entreprises de cette activité qui seront potentiellement concernées par la problématique de la transmission. Ceci constitue toutefois un volume théorique dans la mesure où l'évolution des attentes du consommateur et des formes de distribution ne permet pas d'assurer la transmission de tous les fonds de commerce.
Globalement, le commerce de détail a joué un rôle moteur dans le développement de l'emploi depuis plus de 10 ans.
Entre la fin 1997 et la fin 2005, les effectifs salariés du secteur ont progressé de 22,2 % (+ 17,8 % au niveau national). Les activités motrices en termes d'emploi ont notamment été la vente de produits surgelés, de pain, pâtisserie et confiserie, de produits de bricolage, ou encore de fleurs. Les effectifs se sont également sensiblement accrus dans les grands magasins et les supérettes.
Les activités de vente par correspondance spécialisées (notamment celles liées à Internet) affichaient un effectif réduit en 1997 mais ont enregistré une progression spectaculaire depuis lors.
En revanche, l'emploi s'est réduit dans les commerces d'alimentation générale, malgré une stabilisation entre 2001 et 2005. Les activités de ventes à domicile et les commerces de quincaillerie ont également affiché une baisse des effectifs.
Parmi les caractéristiques du commerce rhônalpin, on peut aussi noter les aspects suivants :
- De nombreuses enseignes nationales sont nées dans la région : Carrefour et Casino pour les grandes surfaces généralistes, Go Sport et Twinner en matière d'articles sportifs, Jean Delatour dans la bijouterie, Botanic dans la jardinerie. Le siège social du groupe Toupargel, leader français de la distribution à domicile de produits surgelés, est basé à Civrieux d'Azergues dans le Rhône.
- Le commerce de détail d'articles de sports et loisirs est particulièrement bien représenté dans la région, notamment dans les zones touristiques et de montagne (zones d'emploi de la Tarentaise, de la Maurienne, du Chablais et de la Vallée de l'Arve). Avec 9 200 salariés en 2005, Rhône-Alpes représente 19 % des effectifs nationaux de ce segment d'activité.
- Le commerce de luxe est un axe de développement de la ville de Lyon avec la recherche d'une plus forte visibilité aux plans national et européen.
- L'agglomération de Lyon s'impose également en matière de commerce en ligne. C'est notamment le cas pour les produits high-tech, avec par exemple les sociétés ldlc.com ou topachat.com (vente en ligne de produits informatiques). Par ailleurs, le comparateur de prix kelkoo.com est né à Grenoble en 1999.
Malgré la tendance à la concentration, l'important volume d'activité du commerce présente encore l'intérêt d'être réparti sur une large part du territoire régional. Il existe au moins une activité commerciale dans 2 573 communes de la région (soit 89 % des communes). Si le commerce subit aussi la désertification des espaces ruraux les plus fragiles, il reste cependant présent au coeur des bassins de vie. Le commerce de proximité, tout en répondant aux besoins de la population et en contribuant fortement à l'attractivité des territoires, constitue une activité économique essentielle pour les espaces ruraux.
L'armature commerciale de la région est à l'origine de phénomènes d'attraction et d'évasion commerciales. La redistribution des flux d'achats s'opère entre zones limitrophes (par exemple entre centres-villes et secteurs périphériques), mais aussi entre zones plus éloignées les unes des autres. Dans certains bassins de Rhône-Alpes, le taux d'évasion commerciale peut atteindre voire dépasser 35 %. Les zones qui répondent mal aux attentes de leurs clients sont ainsi touchées par d'importantes pertes financières et par un déficit d'emplois.
Les Chambres de commerce et d'industrie de Rhône-Alpes jouent un rôle moteur pour réguler les mutations du commerce et faire en sorte qu'elles répondent à l'intérêt général, en le considérant notamment comme un puissant facteur de développement local et de qualité de vie. Considérant que le développement de l'appareil commercial ne peut plus se poursuivre selon les voies pratiquées depuis 30 ans, elles entendent faire prévaloir les orientations suivantes :
- Développer l'attractivité des cours de ville, en consacrant de gros efforts en matière d'accessibilité et d'animation.
- Réguler le développement des pôles périurbains, pour maîtriser toute aggravation supplémentaire des déséquilibres entre centre-ville et périphérie.
- Assurer la desserte commerciale dans les bassins de vie, pour garantir une offre de proximité propre à satisfaire les attentes locales.
- Promouvoir une saine concurrence entre les différentes formes de commerces, en faisant notamment des propositions pour élaborer une définition claire des centres de magasins dits de marques et en appelant à maîtriser le développement anarchique de cette forme de distribution.
En 2006, les CCI de Rhône-Alpes étaient impliquées dans 93 programmes financés par le Fonds d'Intervention pour la Structuration de l'Artisanat et du Commerce (FISAC).
Avec leurs observatoires du commerce (généralisation des enquêtes ménages, suivi de l'offre marchande) les Chambres de commerce et d'industrie entendent prendre toute leur part dans l'élaboration des schémas de développement commercial et dans l'appréciation des projets d'implantation ou d'extension de grandes surfaces examinés par les Commissions départementales d'équipement commercial (CDEC). Elles ont développé pour cela l'outil mutualisé d'observation Urbanicom. Il s'agit pour elles de contribuer à faire émerger un consensus au sein des territoires pour un développement harmonieux et une saine concurrence entre toutes les formes de commerce, avec une attention particulière pour le commerce de proximité.
Par leurs actions de conseil, d'accompagnement et de formation, elles aident les commerçants dans la nécessaire adaptation de leur profession. En 2006, près de 1 190 commerçants ont participé aux opérations collectives de formation initiées par les CCI, telles que la Démarche Qualité TPE, le bon usage d'Internet ou la professionnalisation des unions commerciales. Plus de 6 000 entreprises ont par ailleurs bénéficié d'actions d'animation et de promotion du commerce.
[1] Source : ACFCI - IDC 2005. http://www.acfci.fr
[2] Le 4 Pages des statistiques industrielles, SESSI, n°226 - Octobre 2006.




